RCCalcul Rupture Conventionnelle

Rupture conventionnelle d'un cadre : indemnité et chômage, le calcul complet

Plancher conventionnel supérieur au légal, variable dans l'assiette, et la dégressivité ARE qui frappe les hauts salaires — trois pièges absents des pages génériques.

Par Yohann Kipfer · Dernière mise à jour : 24 juillet 2026 · Code du travail art. R1234-2, conventions Syntec (IDCC 1486) et Métallurgie (IDCC 3248), règlement Unédic 2025-2026

En résumé — pour un cadre, l'indemnité minimale n'est presque jamais le simple minimum légal : la convention collective (Syntec, Métallurgie) impose souvent un plancher supérieur. Côté chômage, la dégressivité de 30 % au 7e mois vise précisément les rémunérations de cadre (au-delà de 4 858 € brut/mois), mais un plancher d'allocation en adoucit l'effet jusqu'à environ 7 100 €. On détaille les deux, chiffres à l'appui.

1. Le minimum légal n'est qu'un plancher — la convention peut faire mieux

L'indemnité de rupture conventionnelle ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, puis 1/3 au-delà. Mais ce n'est qu'un premier plancher. Si votre convention collective prévoit une indemnité de licenciement plus favorable, c'est elle qui devient le minimum opposable à l'employeur — avant même toute négociation de supra-légal. Pour un cadre, deux conventions changent tout la donne.

Syntec (informatique, ingénierie, conseil, bureaux d'études)

Barème cadre Syntec : 1/3 de mois par année d'ancienneté, plafonné à 12 mois. Dès la première année, il est plus généreux que le légal (qui plafonne à 1/4 sur les 10 premières années).

Métallurgie (CCN unifiée du 7 février 2022, en vigueur depuis 2024)

Barème : 1/5 de mois par année jusqu'à 7 ans, puis 3/5 de mois par année au-delà (plafonné à 18 mois pour les cadres). Il démarre moins vite que le légal, mais devient très supérieur après 7 ans d'ancienneté.

2. Exemple chiffré : Syntec vs légal vs Métallurgie

SituationMinimum légalMinimum conventionnelÉcart
Cadre Syntec, 6 000 € brut, 12 ans19 000 €24 000 €+5 000 €
Cadre Métallurgie, 5 000 € brut, 9 ans11 250 €13 000 €+1 750 €
Cadre Métallurgie, 7 000 € brut, 15 ans34 999 €43 400 €+8 400 €
Détail du 1er cas. Légal : 6 000 × (1/4 × 10 + 1/3 × 2) = 6 000 × 3,167 = 19 000 €. Syntec : 6 000 × (1/3 × 12) = 6 000 × 4 = 24 000 €. C'est le plancher Syntec qui s'impose. Négocier un supra-légal, c'est ensuite partir de 24 000 €, pas de 19 000 €.

Le réflexe cadre : identifier l'IDCC sur votre bulletin de paie, calculer les deux planchers, retenir le plus élevé, puis ajouter la marge négociée. Notre page négociation détaille les fourchettes réalistes de supra-légal selon le profil.

3. L'assiette : ne pas oublier le variable, le bonus et les RTT monétisés

Le salaire de référence retenu est le plus favorable entre :

  • la moyenne des 12 derniers mois de rémunération brute ;
  • la moyenne des 3 derniers mois, les primes et gratifications annuelles étant réintégrées au prorata (soit 3/12 de la prime).

Pour un cadre, c'est l'enjeu chiffré n°1 après le choix du barème. Doivent entrer dans l'assiette : la part variable et le bonus (objectifs, commissions), les heures supplémentaires régulières, les jours de RTT monétisés versés en salaire. En revanche, les remboursements de frais professionnels et l'intéressement/participation en sont exclus.

Le piège du bonus annuel. Un cadre à 5 500 € fixe + 18 000 € de bonus versé en mars. Sur les 12 derniers mois, l'assiette est 5 500 + 18 000/12 = 7 000 €. Sur 3 mois hors bonus, elle tombe à 5 500 € + prorata (3/12 du bonus = 4 500 € ÷ 3 = 1 500 €/mois), soit 7 000 € aussi — mais si le calcul « 3 mois » est fait sans réintégrer la prime, on vous propose 5 500 €. Vérifiez que le bonus figure bien dans l'assiette : sur 12 ans d'ancienneté, 1 500 €/mois d'écart, c'est près de 6 000 € d'indemnité perdue.

4. Le piège des hauts salaires : la dégressivité de l'ARE au 7e mois

C'est le point que les simulateurs génériques passent sous silence. À partir du 7e mois d'indemnisation, l'ARE est réduite de 30 % pour les demandeurs d'emploi dont le salaire journalier de référence dépasse 159,68 €, soit environ 4 858 € brut mensuel — c'est-à-dire la quasi-totalité des cadres. Deux garde-fous à connaître :

  • Exonération à 55 ans et plus. Depuis le 1er avril 2025, les seniors d'au moins 55 ans à la fin du contrat échappent à la dégressivité (seuil abaissé de 57 à 55 ans).
  • Plancher d'allocation. L'ARE réduite ne peut jamais descendre sous 92,57 €/jour (environ 2 777 €/mois). Ce plancher absorbe une partie de la coupe pour les salaires intermédiaires : la baisse n'atteint réellement 30 % qu'au-delà d'environ 7 100 € brut mensuel.
Salaire brut/moisARE brute mois 1 à 6ARE brute mois 7+Baisse réelle
5 000 €≈ 2 811 €≈ 2 777 € (plancher)≈ −1 %
6 000 €≈ 3 374 €≈ 2 777 € (plancher)≈ −18 %
7 000 €≈ 3 935 €≈ 2 777 € (plancher)≈ −29 %
8 500 €≈ 4 779 €≈ 3 346 €−30 %
Lecture. Le SJR se calcule ≈ (salaire mensuel brut × 12) ÷ 365. L'ARE brute journalière est le maximum entre 40,4 % × SJR + 13,18 € et 57 % × SJR. Jusqu'à environ 7 100 € brut, la valeur réduite (× 0,7) tombe sous 92,57 € et se retrouve donc « remontée » au plancher : c'est ce qui explique qu'à 6 000 € la baisse ne soit « que » de 18 %, et non de 30 %. À 8 500 €, le plancher ne joue plus : coupe pleine.

Conséquence stratégique pour un cadre : si vous anticipez une recherche d'emploi longue, le vrai revenu de remplacement à modéliser n'est pas l'ARE du 1er mois, mais celle du 7e. Notre simulateur de chômage part de votre date de fin de contrat et sort l'échéancier mois par mois.

5. Fiscalité : les seuils qui rattrapent les grosses indemnités de cadre

L'indemnité de rupture conventionnelle est exonérée d'impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé des trois montants : indemnité légale/conventionnelle, 50 % du total versé, ou 2 fois le salaire annuel brut N-1 — le tout plafonné à 6 PASS = 282 600 € en 2026 (PASS 2026 = 47 100 €). C'est confortable, mais deux plafonds mordent plus tôt sur les rémunérations de cadre :

  • Exonération URSSAF plafonnée à 2 PASS = 94 200 €. Au-delà, la fraction excédentaire est soumise à cotisations sociales.
  • Règle anti-abus 10 PASS = 471 000 €. Si l'indemnité totale dépasse ce seuil, elle est soumise à cotisations dès le 1er euro.
  • CSG/CRDS (6,7 %) sur toute la fraction supra-légale, dès le 1er euro, retenue sur le solde de tout compte.

Le détail chiffré des trois prélèvements est traité sur notre page fiscalité.

Questions fréquentes des cadres

L'indemnité de rupture conventionnelle d'un cadre est-elle plus élevée que le minimum légal ?

Pas automatiquement au titre du statut cadre, mais souvent au titre de la convention collective. Syntec verse 1/3 de mois par année d'ancienneté (contre 1/4 jusqu'à 10 ans dans le légal) et la Métallurgie 2024 passe à 3/5 de mois par année au-delà de 7 ans. Ce plancher conventionnel s'impose à l'employeur dès qu'il dépasse le légal : il faut donc comparer les deux et retenir le plus favorable avant même de négocier un supra-légal.

Le bonus et la part variable comptent-ils dans le calcul de l'indemnité ?

Oui. Le salaire de référence est le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et celle des 3 derniers mois, primes annuelles réintégrées au prorata. Un cadre qui touche un gros bonus une fois par an a intérêt à ce que le calcul se fasse sur les 12 mois (bonus inclus) plutôt que sur 3 mois sans bonus. À l'inverse, si votre bonus vient de tomber, la moyenne 3 mois peut être plus avantageuse.

Un cadre à 6 000 € brut verra-t-il son chômage baisser de 30 % ?

En partie seulement. La dégressivité de 30 % au 7e mois s'applique dès 4 858 € brut mensuel (SJR > 159,68 €), mais l'allocation réduite ne peut pas descendre sous un plancher de 92,57 €/jour. À 6 000 € brut, ce plancher absorbe une partie de la coupe (baisse réelle d'environ 18 %). La coupe atteint les 30 % pleins seulement au-delà d'environ 7 100 € brut mensuel.

La dégressivité de l'ARE s'applique-t-elle à un cadre de plus de 55 ans ?

Non. Depuis le 1er avril 2025, les demandeurs d'emploi âgés d'au moins 55 ans à la fin de leur contrat sont exonérés de la dégressivité (le seuil était de 57 ans auparavant). Un cadre senior conserve donc son allocation pleine sur toute la durée d'indemnisation.

Pour chiffrer votre cas. Ouvrez le calculateur, saisissez votre salaire cadre (pensez à inclure le variable dans le brut mensuel) et votre ancienneté, puis sélectionnez votre convention (Syntec cadre, Métallurgie cadre…) : il applique le plancher conventionnel et le supra-légal en une passe.
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